Bonjour tout le monde.
Attention, parce qu’aujourd’hui, on s’attaque à un très gros morceau. Certainement l’étape de la création d’une BD qui prend le plus de temps. Cette étape, c’est la mise en couleur.
C’est l’étape 6 sur 7 de la création d’un album, et on voit enfin le bout du tunnel.
La mise en couleur, c’est quoi ?
La mise en couleur, ou colorisation, est l’étape où l’on ajoute la couleur aux planches encrées d’une bande dessinée. Elle intervient après l’encrage et avant la mise en page. Elle se réalise sur ordinateur, avec un logiciel de dessin, ou de façon traditionnelle à l’aquarelle, à la gouache ou à l’acrylique. C’est souvent l’étape la plus longue de tout l’album.
La couleur, ce n’est pas de la décoration
Avant de parler outils, un mot sur le pourquoi. Parce qu’on croit souvent que la couleur, c’est « faire joli ». C’est bien plus que ça.
La couleur raconte. Une même case en bleu froid ou en orange chaud ne dit pas la même chose au lecteur. Le bleu éloigne, calme, inquiète ; le rouge rapproche, réchauffe, alerte. Avant même de lire, l’œil ressent l’ambiance d’une page rien qu’à sa dominante.
La couleur guide l’œil. Une tache de couleur vive dans une case terne, et le regard du lecteur y va tout seul. C’est un outil de mise en scène : tu décides de ce qu’on voit en premier.
La couleur donne le rythme. Une scène de jour éclatante suivie d’une scène de nuit sourde, et le lecteur sent le temps passer sans qu’un seul mot ne le lui dise.
C’est pour ça que cette étape mérite qu’on s’y attarde, et qu’elle prend autant de temps.
Coloriser sa BD sur ordinateur
En ce qui concerne la série Thérébentine, Marcel colorise les albums par informatique, en utilisant des logiciels comme Photoshop, Rebelle ou encore Clip Studio Paint — mais il y en a plein d’autres si tu cherches un peu sur le net. Chaque logiciel a ses spécificités, et il faut le choisir en fonction de l’aspect et du traitement de la couleur que tu veux donner à l’album.
Pour Sacré Graal, et plus généralement pour Thérébentine, Marcel utilise Photoshop pour les bases de couleurs et Clip Studio Paint pour rehausser certaines scènes.
Pourquoi Photoshop ? Parce que les couleurs de la série Thérébentine — et c’est aussi le cas pour mon manga à moi que je fais — sont la plupart du temps des aplats : il y a très peu de dégradés ou d’effets texturés. Dans ce cas, le logiciel (ou l’appli) le plus adapté, c’est Photoshop.

Le petit vocabulaire utile ici :
- Aplat : une zone de couleur unie, sans dégradé. Le style de Thérébentine.
- Dégradé : un passage progressif d’une couleur à une autre.
- Flatting : l’étape qui consiste à remplir chaque zone d’une couleur de base, avant les ombres et les lumières. C’est la partie longue et répétitive.
- Calque : chaque élément de couleur est posé sur un « transparent » séparé, ce qui permet de le modifier sans toucher au reste.
Coloriser sa BD à la main (sans Ctrl+Z)
Ceci dit, si tu n’es pas équipé en informatique, ou que tu préfères une méthode plus traditionnelle, tu peux bien évidemment colorier ta BD sur papier à l’aquarelle, la gouache ou l’acrylique. C’est tout à fait possible, et c’est comme ça que les BD se sont faites pendant très longtemps.
Il faut faire attention, car ici l’erreur est rédhibitoire (surtout à l’aquarelle) : si tu te loupes, il n’y aura pas de CTRL+Z. Il faudra tout refaire.
C’est pourquoi il est préférable de mettre en couleur sur un bleu, et pas sur l’original. Un « bleu », en bande dessinée, c’est une copie de la planche encrée imprimée en bleu très clair : tu colorises par-dessus, et si tu rates, tu ressors une autre copie. Ton encrage original, lui, ne risque rien.
Petit tableau pour choisir :
| Numérique | Traditionnel (papier) | |
|---|---|---|
| Erreur | Ctrl+Z | Rédhibitoire, surtout à l’aquarelle |
| Matériel | Ordinateur + tablette + logiciel | Aquarelle, gouache ou acrylique + bleus |
| Modifs | Infinies, par calque | Il faut tout refaire |
| Rendu | Aplats nets, retouches faciles | Grain et matière uniques |
| Pour débuter | Plus tolérant | Formateur, mais sans filet |
Faut-il coloriser soi-même ou confier à un coloriste ?
Comme je te l’ai dit plus haut, cette étape prend beaucoup de temps. Et surtout, tous les dessinateurs ne sont pas de bons coloristes (n’est pas Marcel Champion qui veut !). Beaucoup sous-traitent donc cette partie à de vrais coloristes, dont c’est le métier.
Là aussi, attention : il faut bien choisir son ou sa coloriste, sinon c’est vite la cata. Perso, j’ai voulu confier la mise en couleur de mon manga à moi que je fais à Polen… elle m’a foutu du rose partout, on était loin de l’ambiance apocalyptique que je cherchais. Donc prends le temps de bien choisir.
Le métier de coloriste de BD est un vrai métier, souvent invisible du grand public, mais essentiel. Sur beaucoup d’albums, le dessinateur et le coloriste sont deux personnes différentes, et les deux noms figurent sur la couverture.

Choisir sa palette sans se planter
Un dernier conseil, parce que c’est le piège numéro un du débutant : utiliser toutes les couleurs.
Une BD dont chaque case pioche dans un arc-en-ciel différent fatigue l’œil et perd sa cohérence. Les albums qu’on retient ont presque toujours une palette limitée : quelques couleurs dominantes, tenues d’un bout à l’autre.
Trois pistes simples :
- Choisis une dominante par scène. Une ambiance = une couleur qui mène.
- Garde une cohérence sur tout l’album. La robe d’un personnage doit avoir la même couleur page 3 et page 26. Note tes références.
- Réserve les couleurs vives pour ce qui compte. Si tout crie, plus rien ne ressort.
Envie de colorier tout de suite ?
Pas besoin d’attendre d’avoir fini ta BD pour mettre de la couleur. Thérébentine propose des albums de coloriage entièrement gratuits à télécharger : Halloween, été, Pâques… Et pour chaque dessin, Marcel Champion donne un modèle en couleur à suivre — parfait pour t’entraîner à poser tes couleurs et tester une palette avant de te lancer sur tes propres planches.
La suite
← Étape précédente : l’encrage — repasser tes traits à l’encre
→ Étape suivante : la mise en page avant impression
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On va laisser Marcel avancer tranquillement sur les couleurs de Sacré Graal, et on se retrouve très vite pour la dernière étape. Courage !
Tu veux voir le résultat final : Sacré Graal, le quatrième album de Thérébentine.




