Écrire le scénario d’une BD : trouver l’histoire et le fil rouge

Salut,

Je vous en parlais la semaine dernière : Christian et Marcel travaillent sur un nouvel album de Thérébentine. Ils feraient mieux de bosser sur mon album à moi, mais bon. Sacré Graal, c’est son nom.

Je me suis dit que ce serait intéressant de partager avec toi les coulisses de la création de cet album, histoire de te montrer les différentes étapes par lesquelles il faut passer pour aboutir à une jolie BD. On commence par la toute première : le scénario. C’est l’étape 1 sur 7 de la création d’un album.

Le scénario, c’est quoi ?

Le scénario d’une BD, c’est l’histoire écrite en texte, avant tout dessin. Il définit ce qui se passe, dans quel ordre, ce que font et disent les personnages. C’est la fondation de l’album : le découpage puis le dessin viendront ensuite le traduire en images. Sans scénario solide, même les plus beaux dessins ne racontent rien.

Et oui, ça vaut aussi pour une BD sans texte : l’absence de bulles ne veut pas dire l’absence de scénario. Au contraire, on va le voir.

Trouver une bonne histoire à raconter

La première étape, c’est de trouver une bonne histoire. Et ça, ce n’est pas facile. Il n’existe pas de recette miracle : chaque auteur se débrouille avec ses propres moyens. Pour Thérébentine, c’est Christian qui s’y colle, et depuis le temps qu’il écrit, il a ses trucs à lui.

Dessin de Christian devant une machine de fête foraine.
Avec un peu de chance, Christian va trouver une idée pour le prochain Thérébentine…

Quelques pistes classiques pour amorcer, si tu sèches devant ta page blanche :

  • Pars d’une question « et si… ». Et si une petite fille décidait de libérer les animaux d’un cirque ? Et si ta mamie avait connu Jeanne d’Arc ? Une bonne question de départ contient déjà toute une histoire.
  • Vole à ta propre vie. Les meilleures idées viennent souvent d’un souvenir, d’une bêtise d’enfance, d’un truc vu dans la rue.
  • Note tout, tout le temps. Les idées arrivent rarement au bureau. Garde un carnet, les bonnes s’échappent vite.

L’idée de départ doit tenir en deux ou trois phrases, et contenir le début et la fin de l’histoire. Si tu ne sais pas comment ça finit, tu n’as pas encore une idée, tu as une envie.

Commencer par la fin : la méthode de Christian Gaut

Voilà un truc de pro, et il est contre-intuitif.

En règle générale, Christian commence par la fin — la chute — et remonte le fil du récit jusqu’au commencement. Pourquoi ? Parce que quand on connaît son point d’arrivée, chaque scène peut être construite pour y mener. Rien n’est gratuit, tout pousse vers la fin. C’est le meilleur remède contre l’histoire qui part dans tous les sens et retombe comme un soufflé.

Une fois la chute connue, Christian rédige ce qu’on appelle un synopsis.

Le synopsis et le fil rouge

Un synopsis, c’est quoi ce machin avec des lettres partout ? C’est un très court résumé qui décrit l’histoire dans son ensemble, sans entrer dans les détails. Une page, parfois moins.

Il sert de fil rouge : quand Christian écrira le scénario détaillé, scène par scène, il aura toujours ce fil sous les yeux pour ne pas se perdre. C’est la carte de l’histoire.

Dessin du personnage de Christian en train de suivre un fil de laine rouge.
Le fil rouge sur le bouton rouge, le fil vert sur…

Le vocabulaire, vite fait, parce que ces mots reviennent partout :

MotCe que c’est
Idée / pitchL’histoire en 2-3 phrases, début et fin compris
SynopsisLe résumé général en une page, le fil rouge
SéquencierLa liste des scènes dans l’ordre, résumées une à une
ScénarioLe texte détaillé : action, décor, dialogues, case par case
Note d’intentionPourquoi tu racontes cette histoire (utile face à un éditeur)

Tu n’es pas obligé de tout faire pour une première BD. Mais l’idée et le synopsis, eux, sont incontournables.

Combien de temps pour écrire un scénario de BD ?

La réponse honnête : très variable. Pour les albums de Thérébentine, parfois c’est une question d’heures, parfois de semaines, parfois de mois.

Ça dépend de l’inspiration, et surtout de l’articulation de l’histoire — si les événements s’enchaînent naturellement ou s’il faut forcer. Quand une histoire « tient », elle s’écrit vite. Quand elle résiste, aucun forcing ne la fera tenir : mieux vaut revenir à l’idée de départ et vérifier qu’elle était bonne.

Ne prends donc pas peur si ton scénario met du temps. C’est normal, et c’est même là qu’on gagne ou qu’on perd un album.

Le cas particulier : écrire une BD sans texte

C’est ici que Thérébentine se distingue de tout ce que tu liras ailleurs sur le scénario de BD.

Les albums de Thérébentine n’ont pas de texte. Pas de bulles, pas de narration. L’histoire est pourtant entièrement écrite par Christian, et de façon précise — mais tout doit ensuite passer par l’image.

La difficulté est énorme : il faut tout prévoir pour que le lecteur comprenne immédiatement ce qui se passe, sans un seul mot pour l’aider. C’est sur ce point que se porte toute l’attention de Christian quand il écrit. Tant qu’il n’est pas certain qu’une scène se comprend sans texte, il la reprend.

Quelques principes que ça impose au scénario :

  • Une action = une image lisible. Si une scène a besoin d’une légende pour être comprise, elle est ratée. On la repense.
  • Les émotions passent par le corps et le visage. Le scénario doit prévoir des expressions et des attitudes claires, pas des dialogues.
  • Le fil de l’histoire doit être limpide. Pas de sous-entendu, pas de double sens qu’un enfant de quatre ans ne saisirait pas.
  • Les objets et les décors racontent. Un détail placé dans une case remplace la phrase qu’on ne peut pas écrire.

C’est un excellent exercice, même si tu comptes faire une BD avec du texte : s’entraîner à raconter sans mots muscle la mise en scène. D’ailleurs, beaucoup d’orthophonistes utilisent les albums de Thérébentine, justement parce que l’histoire se comprend quelle que soit la langue de l’enfant.

Les erreurs classiques du scénario

Commencer à dessiner sans scénario. L’erreur reine. On fait une belle première planche, puis l’histoire change, et la planche part à la poubelle. Le texte d’abord, le dessin ensuite.

Une idée sans fin. Si tu ne sais pas comment ça se termine, tu vas droit dans le mur au milieu de l’album. Trouve la chute d’abord — comme Christian.

Trop d’histoire pour le format. Une idée de 100 pages dans un album de 28 pages, ça ne rentre pas. Calibre ton ambition au nombre de pages.

Vouloir tout expliquer. Une BD montre, elle ne raconte pas. Et sans texte, encore moins. Fais confiance à l’image.

Zapper la relecture à voix haute (ou en images). Fais lire ton synopsis à quelqu’un. S’il ne comprend pas, ce n’est pas lui le problème.

La suite

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Lors de la prochaine étape, Marcel Champion (toujours champion) entre en scène avec le découpage. Pas besoin de sortir les ciseaux, un stylo suffira. En attendant, tu peux aller lire les premières pages de ma BD à moi que je fais.

Tu veux voir le résultat final : Sacré Graal, le quatrième album de Thérébentine.

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