Le dessin : comment crayonner ta planche de BD

Bonjour,

Aujourd’hui, l’impatience est à son comble, l’excitation aussi. Marcel va enfin pouvoir dessiner. Après tout, c’est essentiellement pour ça qu’on devient auteur de BD ou mangaka.

Christian et Marcel ont fait un super travail en amont avec l’écriture de l’histoire, le découpage et les dessins préparatoires. Maintenant, Marcel va pouvoir laisser glisser le crayon sur le papier et donner vie à l’histoire.

C’est sans aucun doute la partie la plus fun quand tu crées une BD ou un manga. Mais attention, il y a quelques pièges à éviter. Étape 4 sur 7 de la création d’un album.

Dessin de Marcel en train de travailler sur le prochain album de Thérébentine.
Marcel s’éclate à dessiner la prochaine aventure de Thérébentine.

Le crayonné, c’est quoi ?

Le crayonné est le dessin au crayon de la planche définitive, réalisé à partir du découpage. C’est le premier vrai dessin de la BD : les cases sont tracées à leur taille finale, les personnages et les décors sont complets, les bulles sont placées. Il servira ensuite de base à l’encrage, qui le rendra définitif.

À ne pas confondre avec le découpage, qui est un plan grossier fait de rectangles et de bonshommes bâtons, ni avec l’esquisse, qui est une recherche libre sans format imposé.

Quel matériel pour dessiner une BD ?

Pour cette étape, Marcel utilise un matériel assez simple. Vraiment simple : tu as probablement déjà l’essentiel chez toi.

ÉlémentCe que Marcel utilisePourquoi
PapierBristol très lisse et épais, format A3Encaisse très bien les coups de gomme, et l’A3 laisse la place de faire un dessin à la fois aéré et détaillé
CrayonCritérium 0,5 mm, mines HBNi trop sèches ni trop grasses. Un crayon de papier classique fait aussi l’affaire
GommeGomme « molle », dite mie de painElle n’abîme pas le papier — capital si tu encres directement sur ton crayonné

La gomme est le choix le plus sous-estimé de la liste. Une gomme dure arrache les fibres du papier. Sur une surface abrasée, l’encre bave dans les fibres au lieu de rester sur le trait, et tu ne peux plus rien y faire. Une gomme mie de pain, elle, absorbe le graphite au lieu de le frotter. Elle se malaxe, on lui donne une pointe pour effacer un détail précis, et elle ne laisse pas de miettes partout.

Pourquoi dessiner plus grand que le format final

Marcel travaille en A3 alors que l’album est bien plus petit. Ce n’est pas un caprice : c’est la règle du métier. En réduisant le dessin à l’impression, on resserre le trait et on gomme les petites imperfections. Un tremblement invisible à 50 % de réduction serait bien visible en taille réelle.

L’inverse ne marche jamais : un dessin agrandi, ça se voit tout de suite.

Le crayon bleu

Beaucoup d’auteurs construisent d’abord au crayon bleu clair, puis repassent au crayon gris uniquement les traits qu’ils gardent. L’intérêt : au scan, en réglant bien le contraste, le bleu disparaît complètement et il ne reste que le trait définitif. Plus besoin de gommer du tout. Une astuce gratuite qui fait gagner un temps fou.

Le matériel pour dessiner une BD : papier Bristol A3, critérium 0,5 et gomme mie de pain.
Pour dessiner une BD, il n’y a pas besoin de beaucoup de matériel.

Les deux pièges qui font abandonner une BD

C’est la partie la plus utile de cette page. Ces deux erreurs-là, presque tout le monde les fait, et elles coûtent des albums entiers.

Piège n° 1 — Perdre sa ligne graphique en route

Chaque dessin, chaque détail doit apporter quelque chose à ton histoire et à l’univers dans lequel tes héros évoluent. Et il faut garder la même ligne graphique du début à la fin. Si le style change en cours de route, les lecteurs n’ont plus de repères sur lesquels s’appuyer pour comprendre facilement ton récit, et ils se perdent.

Le remède : garde à portée de main ta feuille de character design et une planche déjà terminée. Compare régulièrement. Ton style va progresser pendant que tu dessines l’album — c’est inévitable, et c’est bien — mais il ne doit pas dériver.

Piège n° 2 — Mettre trop de détails dès la première page

Celui-là est vicieux, parce qu’il vient de l’enthousiasme.

Sur les premières pages, tu auras tellement envie de dessiner que tu vas faire des dessins très détaillés. Le problème : si ces éléments doivent réapparaître plus tard, il faudra les redessiner avec autant de détails. Et pas sûr qu’au bout de dizaines de pages tu aies toujours autant de motivation.

Le niveau de détail que tu poses à la page 1 est un contrat que tu signes pour tout l’album. Une chambre encombrée d’objets à la page 3, c’est la même chambre à redessiner à la page 12, à la page 27 et à la page quarante-douze.

Tu dois donc placer le curseur correctement entre complexité et efficacité, pour que cette étape fun ne devienne pas un vrai calvaire.

Le test : avant de te lancer, dessine ton décor le plus chargé trois fois de suite. Si la troisième te dégoûte, simplifie-le maintenant.

Dans quel ordre dessiner une planche

Il n’y a pas de méthode unique, mais l’ordre ci-dessous évite la plupart des catastrophes.

  1. Trace le cadre de la planche et les marges, au format définitif.
  2. Reporte le découpage : les cases, à leur taille finale.
  3. Place les bulles avant les personnages. C’est contre-intuitif, mais une bulle ajoutée après coup vient toujours manger la tête de quelqu’un.
  4. Pose les volumes en gros, sans détail. Des formes simples, la position de chaque personnage, la ligne d’horizon.
  5. Vérifie la lisibilité générale en prenant du recul, avant de détailler. C’est le dernier moment où corriger ne coûte rien.
  6. Détaille, personnages d’abord, décors ensuite.
  7. Allège le crayonné à la gomme mie de pain avant de passer à l’encrage : un trait trop appuyé se verra par transparence.

L’erreur la plus commune, c’est de commencer par dessiner un œil en gros plan avec les cils, et de découvrir vingt minutes plus tard que le personnage ne tient pas dans la case.

Et sur tablette ?

Exactement les mêmes étapes, exactement les mêmes pièges. La tablette change les outils, pas la méthode.

Deux différences pratiques :

  • Travaille en calques : un calque pour le découpage, un pour la construction, un pour le crayonné définitif. C’est l’équivalent numérique du crayon bleu, en plus souple.
  • Fixe ta taille de document dès le départ, en tenant compte de la réduction, et n’en change plus. Redimensionner en cours de route dégrade la cohérence du trait d’une planche à l’autre.

La suite

← Étape précédente : le character design — créer tes personnages

→ Étape suivante : l’encrage — repasser tes traits à l’encre

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Tu veux voir le résultat final : Sacré Graal, le quatrième album de Thérébentine.

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