Salut la compagnie,
Nouvelle étape de la création du prochain Thérébentine. Comme on l’a vu sur les blogs précédents — l’écriture et le découpage — Marcel et Christian ont l’histoire. Ils savent aussi le nombre de cases qu’il y aura par page et ce qu’il va s’y passer.
Tu imagines logiquement que maintenant, Marcel va passer au dessin. Ben non ! Patatra, c’est pas ça. Il y a encore une étape avant. C’est l’étape 3 sur 7 de la création d’un album, et elle porte un nom un peu barbare : le character design.
Le character design, c’est quoi ?
Le character design — ou design de personnage en français — c’est déterminer à quoi va ressembler un personnage avant de commencer la BD : son allure, ses vêtements, ses couleurs, ses accessoires. On fait de nombreux dessins de recherche jusqu’à obtenir la version définitive, qui servira ensuite de référence pour toutes les cases de l’album.
C’est l’étape qui vient juste avant le dessin des planches. Et la sauter, c’est se garantir un personnage qui change de tête toutes les trois pages.
Pourquoi concevoir un personnage avant de dessiner la BD ?
La raison tient en un mot : la cohérence.
Marcel fait plusieurs dessins d’un personnage jusqu’à ce qu’il obtienne un résultat qui lui plaise. Ce dessin sert ensuite de référence pour tous les dessins du personnage dans l’album. De cette façon, le lecteur identifie très vite de qui il s’agit dès qu’il le voit dans une vignette.
C’est très important pour une bonne lecture d’image et une bonne compréhension de l’histoire. Et ça l’est encore plus ici : je te rappelle qu’il n’y a pas de texte dans les aventures de Thérébentine. Le dessin doit donc tout porter. Si le personnage n’est pas immédiatement reconnaissable, le lecteur est perdu — et il n’a aucune légende pour se rattraper.
C’est le cas, dans Sacré Graal, d’un nouveau personnage. Il s’appelle Ottobus. Marcel doit le créer à partir de la description faite par Christian dans le synopsis. Pour Sacré Graal, Ottobus est un petit garçon handicapé, et le fait qu’il soit handicapé est important : c’est un des points cruciaux de l’aventure. Le design doit donc rendre cette caractéristique lisible d’un seul coup d’œil, sans un mot pour l’expliquer.

Tu remarques au passage que le premier jet n’est pas le bon : la version finale change, notamment la chevelure. C’est normal, et c’est même tout l’intérêt de l’étape. On cherche, on rate, on ajuste — tant que ça ne coûte que quelques croquis, pas une planche entière.
La fiche personnage : l’outil de base
Avant de dessiner, les auteurs construisent en général une fiche personnage. C’est le document de référence du personnage, et il vaut la peine d’en faire une même pour un projet amateur.
Ce qu’on y met, côté caractère (ça vient du scénario) :
- son nom, son âge
- son caractère en quelques mots (Thérébentine : dynamique, espiègle, culottée)
- son rôle dans l’histoire
- ses tics, ses manies, ce qui le rend reconnaissable
Ce qu’on y met, côté dessin :
- sa silhouette générale (la forme qu’on reconnaît même en ombre chinoise)
- son visage sous plusieurs angles
- sa ou ses tenues, détaillées
- ses couleurs exactes
- ses accessoires
Le secret d’un bon design : la silhouette d’abord. Un personnage réussi se reconnaît à sa seule ombre, avant même les détails. Avant de dessiner le visage et les habits, vérifie que ta silhouette est unique et lisible. C’est ce qui fait qu’on distingue tes personnages au premier coup d’œil, même de loin dans une grande case.
Habiller ses personnages : l’exemple de Thérébentine
Le design ne s’arrête pas aux nouveaux personnages : il concerne aussi les héros qu’on connaît déjà.
Sacré Graal se déroule l’été, et l’histoire tient sur une seule journée. Ces deux éléments comptent : comme tout se passe en une journée, Thérébentine et ses copains gardent les mêmes vêtements du début à la fin. Il faut donc que la tenue soit la bonne, parce qu’on va la voir sur tout l’album.
Marcel fait tout un tas de dessins pour trouver la tenue idéale de chacun. Thérébentine étant une petite fille dynamique — tu le sais si tu as lu les albums précédents, et sinon file les commander — cet aspect de son caractère doit se retrouver dans son style vestimentaire. Le vêtement raconte le personnage : on doit deviner qui elle est rien qu’à sa tenue.

Regarde bien le dessin : Marcel a détaillé chaque élément de la tenue, sur la gauche, séparément. Comme ça, quand il aura à dessiner Thérébentine dans les planches, il pourra se référer à cette base pour ne pas oublier un détail ou se tromper dans les couleurs. C’est exactement à ça que sert une fiche de référence : t’éviter de redécider à chaque page.
Ne pas oublier les décors
Si tu débutes dans la BD ou le manga, tu peux aussi travailler les décors dans lesquels vont évoluer tes héros. C’est surtout vrai s’il y a un lieu emblématique dans ton histoire — un château, une maison, une base secrète.
N’hésite pas à faire beaucoup de dessins pour avoir une idée précise des lieux, et pouvoir les redessiner dans la BD sous différents angles sans te contredire. Un décor récurrent, c’est comme un personnage : s’il change de forme à chaque apparition, le lecteur ne sait plus où il est.
Je t’aurais bien montré quelques exemples du prochain Thérébentine, mais il paraît que le chien de Marcel a mangé les croquis. Purée, même moi je n’ose plus sortir cette excuse aux profs quand j’ai pas fait mes devoirs… La honte, Marcel !

Les erreurs classiques du character design
Passer directement au dessin de la BD. C’est l’erreur qui a un nom : « patatra ». Sans référence, ton personnage dérive de page en page et le lecteur décroche.
Un design trop compliqué. Souviens-toi qu’à l’étape du dessin : chaque détail que tu ajoutes, tu devras le redessiner à l’identique des dizaines de fois. Une tenue avec quarante boutons et trois ceintures, c’est un cauchemar à la page 20. Simple et reconnaissable bat compliqué et joli.
Une silhouette passe-partout. Si deux de tes personnages ont la même forme générale, on les confondra. Varie les silhouettes avant les détails.
Zapper les couleurs de référence. Note-les. « Le bleu du pull de Thérébentine », c’est très bien jusqu’à ce que tu aies trois bleus différents sur trois pages.
Oublier les expressions. Ton personnage va rire, pleurer, avoir peur. Dessine quelques expressions dès la fiche, surtout dans une BD sans texte où tout passe par le visage et le corps.
La suite
← Étape précédente : le découpage — transformer ton histoire en pages
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Sur ce, je te souhaite de beaux dessins, et on se revoit très vite pour la suite. En espérant que Poilux (le chien de Marcel) n’ait pas becqueté les planches du tome 4 de Théré. Bye bye.
Tu veux voir le résultat final : Sacré Graal, le quatrième album de Thérébentine.




