Salut,
Marcel vient de terminer les crayonnés du prochain Thérébentine. Il s’est bien éclaté, il y a plein de détails rigolos un peu partout dans la BD, vous allez adorer. Mais avant de pouvoir découvrir Sacré Graal tranquillement dans votre fauteuil, il reste du boulot. Et pas qu’un peu.
On attaque l’encrage. C’est l’étape 5 sur 7 de la création d’un album, et c’est celle où ton dessin devient définitif.
L’encrage, c’est quoi exactement ?
L’encrage est l’étape de la bande dessinée où l’on repasse à l’encre les traits du crayonné que l’on souhaite conserver. Il fixe le dessin définitif, définit l’épaisseur et le caractère de chaque trait, et permet ensuite d’effacer le crayon. Il se pratique traditionnellement à la plume, au pinceau ou au feutre, ou aujourd’hui directement sur tablette graphique.
Encrage ou ancrage ? Les deux existent, mais ça n’a rien à voir. L’encrage (avec un E) vient de l’encre : c’est ce dont on parle ici. L’ancrage (avec un A) vient de l’ancre du bateau. Si tu écris « ancrage » dans ton exposé sur la BD, ton prof va tiquer.
Encrage traditionnel ou encrage numérique ?
Autrefois, l’encrage se faisait directement sur le papier, avec de l’encre de Chine, des pinceaux et des plumes. Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs scannent leurs planches et encrent à l’écran avec un logiciel de dessin.
Marcel travaille en numérique : il scanne les planches originales, puis il encre par-dessus.
Les deux méthodes donnent de très bons résultats. Elles ne demandent simplement pas les mêmes nerfs.
| Encrage traditionnel | Encrage numérique | |
|---|---|---|
| Erreur | Interdite. Un pot renversé et la planche est morte | Ctrl+Z |
| Trait | Vivant, irrégulier, unique | Régulier, propre, corrigeable |
| Matériel | Encre, plumes, pinceaux, papier | Tablette + logiciel |
| Coût de départ | Faible | Élevé (la tablette) |
| Original | Tu as une planche à encadrer | Tu as un fichier |
| Corrections | Blanc de correction, et ça se voit | Invisibles |
| Pour commencer | Idéal : tu apprends le geste | Confortable, mais tu triches |
Mon conseil si tu débutes : commence sur papier, même si tu comptes passer au numérique plus tard. Le geste s’apprend avec le poignet, pas avec le Ctrl+Z. Une fois que tu sais poser un trait juste du premier coup, tu iras beaucoup plus vite sur tablette.
Quel outil pour encrer ? Plume, pinceau ou feutre
La plume
La plume, c’est le trait qui change d’épaisseur selon la pression. Tu appuies, c’est gros ; tu relâches, c’est fin. C’est ce qui donne cette élégance aux vieilles BD franco-belges. C’est aussi le plus dur à maîtriser : ça accroche, ça crache, ça éclabousse.
Le pinceau
Encore plus expressif que la plume, et encore plus difficile. Un pinceau bien tenu passe du cheveu au trait de trois millimètres dans le même geste. C’est l’outil des dessinateurs qui aiment le trait vivant. C’est aussi celui qui pardonne le moins.
Le feutre technique
Épaisseur constante, trait régulier, aucune surprise. Tu achètes une série de tailles (0,1 / 0,3 / 0,5 / 0,8) et tu changes de feutre selon ce que tu veux faire ressortir. C’est de loin le plus simple pour commencer, et le résultat est très propre. Beaucoup de mangas modernes sont encrés comme ça.
La tablette graphique
Le stylet reproduit la sensibilité à la pression de la plume ou du pinceau, avec l’annulation en prime. Les logiciels courants : Photoshop, Clip Studio Paint, Rebelle, Procreate sur iPad, ou Krita qui est gratuit et libre. Clip Studio Paint est celui que la plupart des auteurs de BD et de manga choisissent, parce qu’il corrige automatiquement les tremblements du trait.
Le vrai conseil : l’outil compte beaucoup moins que le nombre de traits que tu as déjà tirés. Prends celui que tu as sous la main et fais dix pages. Tu sauras alors lequel il te faut.

Les erreurs qui ruinent un encrage
Tout encrer à la même épaisseur. C’est l’erreur numéro un. Si tout ton dessin a le même trait, tout a la même importance, et l’œil du lecteur ne sait plus où se poser. Règle simple et efficace : trait le plus épais pour le contour extérieur des personnages, moyen pour les contours intérieurs, fin pour les détails et les textures.
Encrer avant que le crayonné soit vraiment fini. L’encre est définitive. Si tu te dis « je corrigerai à l’encrage », tu ne corrigeras pas : tu figeras l’erreur.
Encrer sur un papier fatigué. Si tu as beaucoup gommé, la surface est abrasée et l’encre va baver dans les fibres. C’est exactement pour ça que Marcel utilise une gomme mie de pain à l’étape du dessin : elle n’attaque pas le papier.
Gommer trop tôt. Attends que l’encre soit parfaitement sèche. Quelques minutes suffisent, mais un gommage sur de l’encre encore fraîche, c’est une grosse trace grise en travers de la case.
Perdre sa cohérence en cours de route. L’encrage d’un album, ça prend des semaines. Le trait de la page 40 doit ressembler à celui de la page 1. Garde une planche déjà encrée à côté de toi comme référence.
Aller trop vite parce que c’est ennuyeux. Soyons honnêtes : pour un dessinateur, l’encrage n’est pas la partie la plus excitante, bien au contraire. Mais c’est celle qui peut ruiner tout le travail fait avant. Jadis, quand on encrait directement sur papier, la pression était encore plus forte, puisque l’erreur était interdite. N’est-ce pas Marcel ?

Encrer un manga : ce qui change
Le principe est identique, mais deux choses diffèrent.
Il n’y a pas de couleur derrière. Un manga est en noir et blanc : l’encrage porte donc tout, y compris les ombres et les matières. C’est le rôle des trames — ces aplats de points gris qu’on pose à la place de la couleur.
Le volume est énorme. Un tome de manga fait 180 à 200 pages, contre 46 pour un album franco-belge. D’où le recours massif au feutre technique et au numérique : à ce rythme-là, il faut un trait rapide et reproductible.
La suite
On va laisser Marcel se concentrer.
← Étape précédente : le dessin — crayonner tes planches
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En attendant, tu peux aller lire en avant-première quelques histoires de ma première BD, c’est par ici et c’est super drôle.
Et si tu veux voir à quoi ressemble tout ce travail une fois terminé : Sacré Graal, le quatrième album de Thérébentine.




