Salut,
On y est ! Sacré Graal est quasiment prêt à partir chez l’imprimeur. Quasiment, car il reste une dernière étape avant que Marcel prenne un repos bien mérité : la réalisation de la maquette du livre, sa mise en page si tu préfères.
C’est l’étape 7 sur 7 de la création d’un album — la dernière ligne droite.
La mise en page, c’est quoi ?
La mise en page, c’est l’assemblage de toutes les pages de la BD dans un document prêt pour l’imprimeur. On y regroupe les planches et les pages complémentaires (titre, mentions légales, présentation des personnages), on règle les marges et les bords de coupe, et on exporte le tout en PDF au format exact attendu par l’imprimeur. C’est la toute dernière étape avant l’impression.
Ta BD est finie sur l’écran ; la mise en page en fait un livre.
Assembler l’intérieur du livre
Marcel et Christian ont réalisé toutes les pages de la nouvelle aventure de Thérébentine. Mais pour que l’imprimeur puisse travailler correctement, il faut créer un document informatique qui regroupe toutes les pages : les planches de BD, plus quelques pages complémentaires.
Ces pages complémentaires, on n’y pense jamais, et pourtant elles sont obligatoires :
- la page de titre
- les mentions légales : éditeur, date de sortie, imprimeur
- le numéro ISBN — l’immatriculation du livre, sans laquelle il ne peut pas être vendu en librairie
- la page de présentation des personnages
- souvent une ou deux pages de garde (blanches)
C’est en partie pour ça qu’un album « de 28 pages » n’a pas exactement 28 pages de dessin : il faut réserver de la place pour tout ça. On y revient plus bas, parce que ça a une conséquence directe sur ta pagination.
Pour créer ce document, Marcel utilise un logiciel qui s’appelle InDesign. Il permet de placer les pages où tu veux, de les centrer, de les redimensionner, de définir les bords de coupe, et d’exporter le tout en PDF pour que les machines de l’imprimeur traitent le fichier correctement.

Pas d’InDesign ? C’est un logiciel payant et complexe. Pour une première BD, des alternatives font le travail : Affinity Publisher (payant, achat unique), Scribus (gratuit et libre), ou même un export PDF soigné depuis ton logiciel de dessin si la mise en page est simple. L’important n’est pas l’outil, c’est de livrer le bon format.
Le vocabulaire de l’impression (à connaître avant d’envoyer)
C’est là que les débutants se font piéger. Trois mots à comprendre, sinon mauvaise surprise à la livraison.
- Le fond perdu (ou bord perdu). Si un dessin doit toucher le bord de la page, tu dois le prolonger de 3 à 5 mm au-delà du format final. L’imprimeur imprime plus grand, puis coupe. Sans fond perdu, le moindre décalage de coupe laisse une bande blanche au bord. Règle d’or : tout ce qui touche le bord déborde.
- Le trait de coupe (bord de coupe). Les repères qui indiquent à la machine où couffer la feuille. InDesign les ajoute à l’export.
- La zone de sécurité (ou marge de sécurité). À l’inverse : garde tout ce qui est important (texte, visage, détail) à au moins 5 mm à l’intérieur du bord. Une coupe tombe rarement parfaitement au trait ; ce qui est trop près du bord risque d’être rogné.
Deux réglages techniques que l’imprimeur va exiger, et qu’il vaut mieux connaître :
- La résolution : 300 dpi. À l’écran 72 dpi suffisent, mais à l’impression il faut 300 dpi, sinon le dessin est flou. Ça se décide dès le scan, à l’étape du dessin — trop tard pour le corriger ici.
- Le mode colorimétrique : CMJN, pas RVB. L’écran affiche en RVB (rouge, vert, bleu), l’imprimeur travaille en CMJN (cyan, magenta, jaune, noir). Une couleur éclatante à l’écran peut devenir terne une fois imprimée. Convertis et vérifie avant d’envoyer, pas après.
La couverture : un document à part
Tout à l’heure j’ai parlé d’un document. En réalité, Marcel m’a repris : ce sont deux documents qu’il faut faire. Le premier, c’est l’intérieur, qu’on vient de voir. Le second, c’est la couverture — et elle se conçoit à part, d’un seul tenant.
La couverture, ce n’est pas qu’une image : c’est trois éléments sur une même bande continue.
- La première de couverture : ce qu’on appelle couramment « la couverture », le devant du livre.
- La tranche (ou dos) : l’épaisseur du livre, celle qu’on voit quand il est rangé dans une étagère. Elle se dessine aussi, et sa largeur dépend du nombre de pages et du grammage du papier — l’imprimeur te donne cette largeur, ne l’invente pas.
- La quatrième de couverture : le dos de l’album, avec en général le résumé, le prix, le code-barres et l’ISBN.

Une fois ces deux documents terminés, Christian envoie le tout chez l’imprimeur, et quelques semaines plus tard la BD arrive chez toi, en papier et en encre. Magique.
La question qui fâche : combien de pages, vraiment ?
Voilà le détail que presque personne n’explique, et qui coince tous les débutants au moment d’imprimer.
Les livres s’impriment par cahiers de 4, 8 ou 16 pages. L’imprimeur ne plie pas des feuilles une par une : il imprime de grandes feuilles qu’il plie et coupe, et chaque feuille pliée donne un multiple de 4 pages. Ton nombre de pages total (couverture non comprise) doit donc être un multiple de 4.
C’est pour ça qu’on voit tant d’albums jeunesse à 24, 28 ou 32 pages, et jamais à 27 ou 30. Si ton histoire tombe sur un nombre bâtard, tu combles avec des pages de garde, une page de présentation, une page « du même auteur ». Mieux vaut le prévoir au découpage que le découvrir ici.
La checklist avant d’envoyer chez l’imprimeur
Avant de cliquer sur « envoyer », vérifie :
- Toutes les pages sont là, dans le bon ordre
- Le nombre de pages est un multiple de 4
- Les pages complémentaires sont incluses (titre, mentions légales, ISBN)
- Fond perdu de 3-5 mm sur tout ce qui touche le bord
- Rien d’important dans la zone de coupe
- Résolution à 300 dpi
- Couleurs en CMJN, pas en RVB
- Deux fichiers séparés : intérieur + couverture
- Largeur de tranche confirmée par l’imprimeur
- Export PDF au format demandé (souvent PDF/X)
Envoie toujours un PDF, jamais tes fichiers de travail. Et demande à l’imprimeur un BAT (bon à tirer) : une épreuve à valider avant le tirage complet. C’est ta dernière chance de repérer une erreur avant que 1 000 exemplaires soient imprimés avec.
C’est fini… ou ça commence ?
Cette fois, ça y est : l’album est terminé. C’était une sacrée aventure de suivre Christian et Marcel pendant toutes ces semaines.
J’espère que, comme moi, tu as appris plein de choses, et que ça t’a donné envie de créer ta propre BD ou ton propre manga. Moi, j’ai adoré partager tout ça avec toi.
Tu as maintenant les 7 étapes en main :
- Le scénario
- Le découpage
- Le character design
- Le dessin
- L’encrage
- La mise en couleur
- La mise en page (tu y es)
↑ Revoir le guide complet : créer ta BD en 7 étapes
Si tu as des questions ou des remarques, n’hésite pas à nous contacter : Marcel se fera un plaisir d’y répondre quand il aura fini de faire joujou avec son drone…
Et quand tu auras terminé ta première BD, montre-la nous avec #canardsvolants — j’ai trop hâte de voir ce que tu vas créer.





